À propos

 

Depuis maintenant plusieurs années, une grande partie de mon travail était principalement photographique et avait comme sujet la situation sociale et politique des sans-abris. Un de mes projets consistait à leur donner la parole avec la série Regardez-moi cela suffit au moment où leur droit d’être sur la voie publique était remis en question par la municipalité de Marseille. J’ai par la suite continué à développer mon travail auprès d’eux dans une esthétique proche du photojournalisme et du rapport anthropologique, dans la série Un couple dans la rue ou encore dans un autre contexte avec Rastafari, travail engagé à l’école des Beaux-arts de Paris. M’insérant alors petit à petit dans leur vie, j’en suis venu à en dégager une utopie personnelle du mendiant. Dans la série Le songe d’une nuit d’hiver, très inspirée des Migrants (2009) de Mathieu Pernot, j’essaie de leur donner une réelle dimension christique. Ces mendiants, ces gens, considérés comme des déchets par une partie de la population, ont commencé à avoir une image mythique pour moi, devenant des héros à l’image d’un Christ rédempteur, et par extension, des personnages légendaires, idéaux, faisant preuve de courage et d’abnégation. Bien qu’ayant toujours été attiré par ces êtres « hors normes », j’en suis venu à vouloir créer un parallèle avec les images mythiques de notre inconscient, afin de les rendre visibles à travers mes photographies de mendiants. Pour le comprendre, il faut l’écouter et interpréter ses paroles ou ses gestes, qui ne signifient pas la même chose dans notre monde que dans le leur. Une aura de mystère les entoure.

Mon deuxième axe de recherche se porte sur l’exploration de mon environnement. J’ai tenu un journal de bord pour raconter et transformer l’histoire se créant autour de mes pérégrinations, un nouveau monde fait de rêves et d’aventures. Ce journal de bord était composé principalement de cartes retraduisant mes voyages en France, en Suisse ou en encore en Espagne. Toute une expérience dont je garde une trace par la cartographie. Ainsi la carte, par l’attractivité qu’elle exerce sur moi, le plaisir que j’ai à en dessiner, à en tracer les contours, à en imaginer la forme, m’est apparue comme l’outil de mémoire le plus efficace. La finalité de cette recherche est de récupérer cette expérience pour en développer un travail plastique et ensuite de pouvoir mettre en place une fiction. Mêlant voyage et cartographie, comme les artistes aventuriers. Il n’est plus uniquement question de réinterroger l’environnement, mais de participer à une nouvelle volonté, celle pour l’Homme de vivre en symbiose avec la nature. Cette symbiose étant l’objectif principal
de mes tribulations et en sera un motif au cœur de la fiction en devenir. De ce fait, la planète est alors vue comme un lieu de création à part entière, mais elle est aussi source d’inspiration et génératrice de matières premières pour mon travail.